Candidaure et laïcité

Avec la candidature d’une personne portant un foulard
et qui s’en revendique porte autre chose que le foulard lui-même.

Avec la candidature d’une personne portant un foulard et qui s’en revendique porte autre chose que le foulard lui-même.

Par Jean Paul Boré (Ancien Président de la commission laïcité du PCF)
Au delà de ce que représente le voile ou le foulard pour une femme, même si j’ai entendu les affirmations de la personne candidate en PACA concernant sa liberté, il s’agit en l’occurrence d’un manquement à la laïcité qui peut avoir de larges conséquences si l’on n’y prend garde. En effet l’utilisation d’un signe ostentatoire comme argument électoral n’est pas acceptable. Ce n’est peut-être qu’un début. Plus encore cela participe du débat nauséabond lancé par nos élites Besson Hortefeux sous la houlette de Sarkozy dont on sait les capacités à mordre le trait sur ces questions. Souvenons-nous de ses déclarations à propos de ce qu’il faut bien appeler l’instrumentalisation de la religion.

Dans un livre d’entretiens en 2004 et intitulé La République, les religions, l’espérance, N. Sarkozy reprend à son compte la « bonne philosophie » vantée par Adolphe Thiers. À ses yeux, dans le contexte actuel de profonde crise sociale (en 2004), « l’espérance d’avenir, après la mort, une perspective d’accomplissement dans l’éternité » sont de portée fondamentale. « Dans les banlieues qui concentrent toutes les désespérances », précise-t-il, « cette espérance d’après la mort » peut, selon lui, être « un facteur d’apaisement », un «élément calmant », un « élément civilisateur ». Cela rappelle étrangement le propos d’Adolphe Thiers cité précédemment : « L’homme est ici pour souffrir »1. Ce qui me fait réagir, c’est aussi l’interview du vendredi 5/02 de la candidate en question sur France Bleue qui justifie son engagement au nom de la « représentation populaire des quartiers, de ceux qui souffrent ». Ainsi, l’islam serait la religion des pauvres, des démunis. Sans le vouloir sans doute, elle renforce les propos de N. Sarkozy cités plus haut. Raviver les conflits communautaristes, n’est pas très responsable. Convoquer la religion en politique met bien à mal nos lois de 1905 sur la séparation des églises et de l’Etat. A moins que le vieil adage léniniste « la fin justifie les moyens » ne soit la devise du NPA qui en oubli ses fondamentaux notamment K. Marx à propos des religions. « La détresse religieuse est, pour une part, l’expression de la détresse réelle et, pour une autre, la protestation contre la détresse réelle. La religion est le soupir de la créature opprimée, l’âme d’un monde sans coeur, comme elle est l’esprit de conditions sociales d’où l’esprit est exclu. Elle est l’opium du peuple. » Depuis il y a les lois de 1905 dites de séparation des églises et de l’Etat : La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes. » Sarkozy n’en demande pas tant, de remettre les choses sur le tapis pour provoquer encore et encore les réflexes communautaires et les conflits qui vont avec. Ce n’est donc pas le vrai faux débat autour du voile, du foulard ou des signes ostentatoires qui est posé. Souvenons-nous du débat autour des références à la chrétienté que voulaient introduire certains dans la constitution européenne. Comment s’y opposer si l’on prête le flan au nom d’une réalité de nos quartiers. La religion quelle qu’elle soit doit demeurer de la sphère privée. Cependant, nul ne peut porter quelque jugement que ce soit dès lors que la liberté de personne n’est en cause Si l’on veut lutter contre toutes les stigmatisations, et il faut le faire, ne donnons pour autant pas d’armes à ceux qui s’en nourrissent.

Jean Paul Boré

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